Le CCIF porte plainte contre Laurent Bouvet

Nous avions déjà alerté, l’an dernier, sur les contradictions du militant essayiste Laurent Bouvet — très actif sur les réseaux sociaux — lorsqu’il avait affirmé tout et son contraire quant aux libertés de la représentante syndicale Maryam Pougetoux (en résumé : elle a le droit de porter le foulard, mais comme elle est visible, elle n’a pas le droit). 

Grand défenseur d’une « gauche républicaine », Bouvet est aussi l’un des fondateurs du « Printemps Républicain », qui s’est forgé une réputation, en très peu de temps, pour avoir réussi à introduire à l’intérieur d’une certaine gauche (vallsiste en somme) des thématiques et des idées qu’on ne trouvait qu’à l’extrême-droite, voire à l’ultra-droite identitaire ; ce qu’on appelle gentiment la « fachosphère » pour désigner tout simplement une pensée fasciste, raciste et islamophobe (terme qu’ils ont tous en commun de récuser). 

À la suite du rapprochement explicite qu’a fait Bouvet sur sa page Facebook entre « femme qui porte le foulard » et « terroristes », la FCPE a décidé de porter plainte pour incitation à la haine. Un pas a été franchi pour celui qui siège pourtant au Conseil des sages de la laïcité, et qui est censé penser la liberté de conscience dans notre pays.

À la suite de cette plainte, certains représentants de la fachosphère (Résistance républicaine par exemple) ont présenté Bouvet comme la victime d’un complot islamiste dont la FCPE, « islamophile » , serait un pion. Cette rhétorique est la même qui apparaît chez Laurent Bouvet et ses soutiens, depuis plusieurs jours : il serait attaqué parce qu’il serait victime de cet « âge identitaire » (sic), des attaques des « activistes de l’islamisme politique, de leurs collabos indigénistes et gauchistes » et que le problème de ces personnes serait le « manque d’humour ». Nous savons que notre plainte ne fera que renforcer M. Bouvet dans sa victimisation, et qu’il la prendra comme une médaille auprès de celles et ceux qui nous diabolisent au quotidien.

Si son rapprochement entre « femme en foulard » et « Zed » (personnage en slip rouge joué par Sean Connery) peut effectivement s’interpréter comme de l’humour, notamment lorsque Bouvet l’accompagne de la phrase « Venez comme vous êtes. #LaïcitéMcDo », c’est dans une autre publication, plus discrète — un commentaire plus précisément, sous sa première publication Facebook à ce sujet — qu’il y a un vrai problème de droit, car cette publication incite à la haine et provoque indubitablement à la discrimination.

Laurent Bouvet a récemment supprimé ce photomontage (aujourd’hui, 27 septembre, son commentaire n’est plus publié). Nous en avons cependant gardé les traces (capture d’écran du 23 septembre), connaissant la propension du personnage à ne pas assumer ses positions et surtout, à sortir des fonctions « sages » qu’il est censé incarner : le conseil sur la laïcité et l’enseignement à l’université.

Pourquoi ce rapprochement est-il grave ?

Dans un moment où ces femmes sont marginalisées, stigmatisées et qu’on débat à leur sujet sur la scène politique et médiatique sans leur donner la parole (alors que le droit est de leur côté et que leur choix respecte la laïcité ; au CCIF nous avons réglé 100 % des cas de discriminations mettant en cause les établissements scolaires), rajouter cette couche humiliante en associant de manière explicite le foulard qu’elles portent au terrorisme ne fait que nourrir la haine de celles et ceux que la vue de ces mamans insupporte au plus haut point. 

Plus encore, en assimilant ces femmes à des terroristes, il amplifie dans l’esprit de celles et ceux qui voient sa publication le ressentiment à l’égard de ces femmes, en particulier dans un contexte post-état d’urgence où notre pays est entré dans un soupçon généralisé à l’égard des personnes de confession musulmane, en particulier lorsqu’elles sont pratiquantes. 

En ce sens, la communication de la FCPE est salutaire, car même si la loi est du côté de ces mamans, on se souvient que Jean-Michel Blanquer avait « recommandé » aux directeurs d’établissement de « recommander » aux mamans à retirer leur foulard. Cela crée, et les dossiers du CCIF en attestent, des situations d’humiliation à la suite desquels ces mamans sont obligées d’expliquer à leurs enfants que l’école publique ne veut pas d’elles.

En voulant montrer la normalité de la présence de ces mères dans l’encadrement scolaire, la FCPE n’a fait que rappeler les principes de liberté et de laïcité, ce que M. Bouvet aurait dû avoir à l’esprit puisqu’il est censé connaître le Vademecum de la laïcité à l’école (il a contribué à sa rédaction). Pour autant, il a préféré la provocation et a même invoqué « l’esprit Charlie » dans son appel à la discrimination des mamans qui portent un foulard. 

Le CCIF porte la voix de ces mamans, qui disent non, et qui refusent qu’on les accuse de prosélytisme. L’obsession que Laurent Bouvet a pour leur foulard est arrivée à un stade où la situation devient abjecte. Nous estimons dès lors que sa présence au sein du Conseil des sages de la laïcité est hautement problématique.

C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui une double action : 

  1. Une plainte contre M. Bouvet, pour incitation à la haine et provocation à la discrimination. 

  2. Ainsi qu’une pétition destinée à manifester le souhait qu’il soit écarté d’une fonction qu’il ne peut incontestablement pas tenir de manière objective, étant un militant antilaïque de premier ordre.



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